• Nouveau

Recette du galetou (tourtou) limousin au sarrasin, galette levée traditionnelle du Massif central utilisée comme pain paysan

Recette du galetou (tourtou) limousin au sarrasin, galette levée traditionnelle du Massif central utilisée comme pain paysan

Galette épaisse de blé noir levée à la levure de boulanger, spécialité paysanne du Limousin, historiquement servie avec civets et ragoûts.

Découvrez la recette traditionnelle du galetou, spécialité emblématique du Limousin, reconnue pour son héritage rural, sa fonction de pain et sa texture levée unique au sarrasin.


Autres appellations

  • Galetou

  • Tourtou

  • Tourte de blé noir (formes francisées attestées)


Variantes et versions régionales

Variantes principales

  • Version Haute-Vienne :
    100 % sarrasin ou sarrasin majoritaire, galette épaisse (1,5 à 2 cm), cuisson à la poêle en fonte, service chaud avec plats en sauce.

  • Version Creuse :
    Mélange sarrasin / froment plus fréquent, pâte plus souple, parfois cuite en grande galette unique à partager.

  • Version Corrèze rurale (marginale) :
    Galetou plus dense, fermentation longue, cuisson partielle au four après saisie à la poêle.

  • Version diaspora familiale :
    Substitution partielle du sarrasin par farine de blé faute d’approvisionnement, levée raccourcie, usage apéritif.

  • Version contemporaine gastronomique :
    Galetou miniaturisé, roulé ou découpé, garni (fromages fermiers, rillettes, légumes fermentés).

Aucun label IGP ou AOP reconnu à ce jour.


Évolution de la recette

  • Apparition estimée : XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècle, économie paysanne pauvre en blé.

  • Ingrédients anciens : eau, farine de sarrasin, levain ou levure de panification.

  • Ajouts ultérieurs : froment (XIXᵉ siècle), levure de boulanger standardisée.

  • Normalisation : aucune codification officielle.

  • Adaptations modernes :

    • versions plus légères,

    • formats apéritifs,

    • essais sans gluten (hors tradition).


Utilisation d’autres produits (optionnel)

  • Farine de froment T65 possible (usage domestique et restauration).

  • Levain possible mais non standardisé.

  • Incompatible avec toute labellisation future stricte.


Catégorisation

  • Type de plat : Autre (pain / galette)

  • Service : Traditionnel, traiteur

  • Nombre de portions : 8

  • Niveau technique : Intermédiaire


Origine géographique et statut

  • Pays : France

  • Région / micro-terroir : Limousin (Haute-Vienne, Creuse, Corrèze)

  • Statut officiel : Aucun

  • Inventeur : Transmission orale paysanne

  • Recette codifiée : Non


Historique

1. Origine du plat

Le galetou prend naissance dans un contexte de ruralité pauvre caractéristique du Limousin, région de sols acides, granitiques ou peu fertiles, longtemps peu favorables à la culture du blé. Dès l’introduction et la diffusion du sarrasin en France, entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, cette pseudo-céréale rustique, à cycle court et à faible exigence agronomique, s’impose comme une ressource alimentaire majeure. Elle permet aux communautés paysannes d’assurer une base nourrissante malgré des rendements céréaliers modestes.

Le galetou n’est alors ni un mets de plaisir ni un plat festif : il répond à une nécessité alimentaire. Plus simple à produire qu’un pain de froment, il ne requiert ni four de village ni longue fermentation. Sa forme de galette levée, cuite sur plaque, sur poêle ou sur une simple fonte posée sur le foyer, s’intègre parfaitement aux contraintes matérielles des fermes limousines. Utilisé comme pain, il accompagne les repas quotidiens et sert principalement à absorber sauces et jus, prolongeant ainsi la satiété à moindre coût.

Dans le calendrier agricole, le galetou est étroitement lié aux périodes de travail intense : fenaison, moissons, battage, abattages d’automne ou grands travaux forestiers. Transportable, nourrissant et économique, il est consommé sur le pouce ou partagé autour de plats en sauce – civets, ragoûts, fricassées – qui constituent l’ordinaire des tables rurales. Avec l’amélioration progressive des conditions économiques, l’essor du pain de boulangerie et la généralisation du blé au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, le galetou connaît un lent déclin. Il se trouve relégué à certaines maisons rurales et à ce que l’on qualifiera plus tard de « cuisine de grand-mère ». Depuis la fin du XXᵉ siècle, on observe toutefois une renaissance patrimoniale : le galetou redevient un marqueur identitaire, valorisé dans les tables d’hôtes, les fêtes de village et certains restaurants de spécialités limousines.


2. Influences culturelles et échanges

Le galetou s’inscrit dans une large famille de préparations à base de sarrasin répandues en Europe de l’Ouest, dont la crêpe bretonne constitue l’exemple le plus connu. Il s’en distingue néanmoins par sa texture plus épaisse, sa fermentation levée et surtout par son usage fonctionnel en tant que « pain de table ». Cette singularité reflète à la fois les contraintes agricoles locales et l’isolement relatif du Limousin, région longtemps peu ouverte aux grands courants commerciaux.

Les influences extérieures restent limitées pendant des siècles. Toutefois, les migrations saisonnières, la conscription, puis l’exode rural amènent certaines familles limousines à adapter la recette aux produits disponibles dans leurs régions d’accueil. Le sarrasin peut alors être partiellement remplacé par du blé tendre, et les graisses locales (beurre doux, huiles neutres) se substituent au saindoux traditionnel.

Les routes commerciales et l’intégration progressive du Limousin aux échanges nationaux introduisent de nouveaux produits : pomme de terre, farines plus blanches, graisses raffinées. Ces évolutions modifient les usages alimentaires : le galetou n’est plus seulement un support de sauce mais accompagne désormais charcuteries, fromages et ragoûts enrichis. L’influence urbaine et la diffusion des techniques de crêperie contribuent également à une meilleure maîtrise des cuissons, notamment grâce aux plaques professionnelles, favorisant la régularité et le calibrage en contexte de restauration.


3. Évolutions techniques et culinaires

Sur le plan technique, la fabrication du galetou évolue d’une pratique empirique à une production maîtrisée. Autrefois mesurée « à la louche », avec des temps de fermentation variables et une levure plus ou moins contrôlée, la pâte est aujourd’hui pesée, hydratée avec précision et travaillée à température maîtrisée. Ces ajustements répondent aux exigences de régularité, de sécurité alimentaire et de production continue, notamment en restauration et en cuisine collective.

La cuisson, historiquement réalisée sur une plaque en fonte posée sur le feu de bois, se déplace progressivement vers des poêles épaisses, des crêpières électriques, puis vers des équipements professionnels en fonte ou en inox. Malgré ces évolutions, la poêle demeure l’outil central du galetou, symbole d’une cuisson rapide, économe en énergie et adaptable à de petits volumes.

Culinairement, le galetou s’émancipe de son rôle exclusif de support de sauce. Il devient un élément de dressage à part entière : roulé, tranché, garni, farci ou découpé en formes régulières. Dans certaines interprétations gastronomiques contemporaines, il est même déstructuré en chips ou en tuiles croustillantes de sarrasin, ou intégré à des amuse-bouches. Malgré ces réinterprétations, il conserve une signature aromatique forte, fondée sur le goût du sarrasin, profondément ancrée dans la mémoire gustative des habitants du Limousin et de leurs descendants.


Chefs, maisons et versions de référence

Chefs (interprétations contemporaines)

(interprétations libres, non codificatrices)

  • Michel Bras – Laguiole

  • Régis Marcon – Saint-Bonnet-le-Froid

  • Alexandre Couillon – Noirmoutier

  • Sébastien Bras – Laguiole

Établissements de tradition populaire

  • Auberge de la Feuillade – Corrèze

  • Ferme-auberge locale – Haute-Vienne

  • Tables rurales creusoises (tradition orale)


Description culinaire du plat

Présentation

  • Aspect : galette épaisse, rustique

  • Texture : mie aérée, souple

  • Arômes : céréaliers, légèrement toastés

Particularités culinaires

  • Pâte levée au sarrasin

  • Cuisson directe sur poêle chaude

  • Usage de pain d’accompagnement


Ustensiles nécessaires

  • Bassine inox

  • Fouet ou maryse

  • Poêle en fonte

  • Spatule large


Ingrédients

  • Farine de sarrasin : 800 g

  • Farine de froment T65 : 200 g

  • Eau tiède : 900 ml

  • Levure de boulanger fraîche : 20 g

  • Sel fin : 18 g

Rendement : 8 galetous de 180–200 g


Préparation et méthode de réalisation

Informations générales

  • Temps de mise en place : 15 min

  • Temps de préparation active : 20 min

  • Temps de repos / fermentation : 1 h
    (pâte couverte, température contrôlée)

  • Temps de cuisson : 5 min par pièce
    (variable selon épaisseur et puissance de chauffe)

  • Rendement : 8 pièces standardisées

  • Température de service cible : 55–60 °C
    (service tiède, texture moelleuse optimisée)


Objectifs techniques

  • Texture finale recherchée :
    pâte moelleuse et souple, à alvéolation régulière et fine, sans resserrement ni effet de lourdeur.

  • Cuisson :
    cuisson à cœur, sans sur-coloration, croûte fine et souple, non cassante.

  • Régularité attendue :
    diamètre, épaisseur et coloration homogènes sur l’ensemble des pièces ; calibrage constant à la louche ou au portionneur de volume identique.


1. Mise en place (organisation professionnelle)

  • Appliquer strictement les procédures d’hygiène : lavage des mains, désinfection du plan de travail, contrôle de la propreté des ustensiles et récipients.

  • Sortir les matières premières à température de travail : farine de sarrasin, éventuelle farine de froment, eau ou lait, levure, sel, matière grasse de cuisson.

  • Peser, identifier et étiqueter tous les ingrédients selon les fiches techniques en vigueur.

  • Organiser le poste par zones fonctionnelles :

    • zone de pesée et de mélange,

    • zone de fermentation / repos de la pâte,

    • zone de cuisson (plaque, crêpière ou poêle),

    • zone de finition et de dressage.

  • Préparer les contenants alimentaires adaptés (bacs GN, cuves avec couvercle ou film alimentaire) ainsi que les supports de réception des galetous cuits (grilles, plateaux).


2. Préparations préliminaires – Élaboration de l’appareil

  • Délayer la levure de boulanger dans une partie du liquide à 25–30 °C, sans dépasser cette plage afin de préserver l’activité fermentaire.

  • Verser les farines préalablement tamisées dans la cuve (sarrasin majoritaire, éventuel complément de froment).
    Ajouter le sel en veillant à éviter tout contact direct initial avec la levure.

  • Incorporer le mélange liquide/levure, puis procéder au frasage au fouet ou au batteur (pale ou feuille) jusqu’à obtention d’un appareil :

    • lisse,

    • sans grumeaux,

    • de consistance nappante, légèrement épaisse mais fluide.

  • Vérifier l’hydratation : la pâte doit s’étaler sous son propre poids sans devenir liquide. Ajuster si nécessaire par ajouts progressifs de liquide ou de farine.

  • Racler les parois de la cuve, homogénéiser l’appareil et contrôler la température de pâte, idéalement 24–26 °C.


3. Fermentation / repos

  • Couvrir hermétiquement la cuve ou le bac GN afin de limiter le dessèchement et les contaminations.

  • Laisser fermenter 1 h à température contrôlée (24–26 °C) jusqu’à apparition de signes nets d’activité :

    • légère augmentation de volume,

    • bulles fines en surface,

    • texture plus légère.

  • Éviter tout courant d’air ou variation thermique durant la fermentation.

  • En fin de repos, vérifier la structure : pâte aérée à trame régulière.
    Mélanger très délicatement pour resserrer légèrement la mousse sans casser l’alvéolation.


4. Cuisson

  • Préchauffer la poêle épaisse, la plaque en fonte ou la crêpière à feu moyen.
    Graisser légèrement la surface (beurre clarifié, huile neutre ou saindoux selon le profil aromatique recherché).

  • Contrôler la température de cuisson : la matière grasse doit frémir sans fumer ; une goutte de pâte doit saisir doucement en quelques secondes.

  • Déposer une portion de pâte à la louche ou au portionneur pour obtenir un galetou régulier en diamètre et en épaisseur.
    Lisser éventuellement en mouvements circulaires, sans trop étaler pour préserver l’épaisseur caractéristique.

  • Cuire la première face jusqu’à apparition de bulles en surface et coloration brun-doré uniforme du dessous.
    Vérifier en soulevant délicatement le bord à la spatule.

  • Retourner avec une spatule large et cuire la seconde face jusqu’à cuisson à cœur et coloration homogène, en ajustant la puissance du feu pour éviter brûlures et zones crues.

  • Travailler par séries homogènes (grammage, temps et température constants) afin d’assurer la régularité du lot.


5. Finitions, maintien et dressage

  • Débarrasser les galetous cuits sur grille ou sur plaque couverte d’un linge propre afin d’éviter la condensation tout en préservant le moelleux.

  • Maintenir à 55–60 °C en étuve douce ou au chaud, sans dessèchement (linge ou couvercle partiellement ouvert).

  • Dresser selon l’usage :

    • nature, en remplacement du pain,

    • garnis à chaud (grillons, rillettes, charcuteries, fromage fondu),

    • garnis à tiède ou à froid (fromages frais, beurres, confitures, miel).

  • Respecter les grammages par portion et limiter les manipulations pour préserver la structure alvéolée et la souplesse du produit fini.


Points de contrôle qualité

  • Température pâte

  • Développement de la fermentation

  • Cuisson homogène


Service, accompagnements et accords

  • Tradition : civet, ragoût, fricassée

  • Moderne : rillettes, fromage frais

  • Boissons : vin rouge léger, cidre sec


Allergènes

  • Gluten (sarrasin possible traces, froment présent)


Glossaire

  • Sarrasin : pseudo-céréale rustique

  • Galetou : galette levée servant de pain


Bibliographie

  • Archives orales limousines

  • Inventaires culinaires régionaux (XIXᵉ–XXᵉ siècles)

Désolé, cet article est en rupture de stock
Commentaires (0)

16 autres produits dans la même catégorie :