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Recette traditionnelle de langue de bœuf écarlate : méthode complète, saumurage, cuisson et service gourmet
Recette de langue de bœuf écarlate traditionnelle
Recette de langue de bœuf écarlate
Saumurée, cuite en baudruche et colorée au carmin pour charcuterie de buffet froid
Autres appellations
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Langue à l’écarlate
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Langue salée écarlate
Variantes et versions régionales
Évolution de la recette
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Origine XIXᵉ siècle : salpêtre pour coloration.
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XXᵉ siècle : coloration au carmin de cochenille (E120) pour conformité sanitaire.
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Version moderne : sel nitrité seul ou colorants naturels (betterave), allégement sel, portions individuelles.
Variantes
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Version alsacienne : saumurage corsé, aromatisation forte (coriandre, macis, genièvre), bardage lard fumé ou crépine, service piqué de ris de veau ou salade tiède de pommes.
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Version parisienne : coloration vive au carmin, baudruche strictement ficelée, présentation buffet froid sur plat miroir, motifs géométriques à la gelée.
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Version contemporaine : sans nitrites ni carmin, cuisson sous vide, gelée légère clarifiée, dressage à l’assiette avec pickles et espuma de raifort.
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Version lyonnaise : assaisonnement poivre/clou de girofle, roulée sans baudruche, servie tiède nappée de gelée corsée, accompagnements traditionnels (lentilles, cervelas).
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Version gastronomique / concours MOF : injection manuelle précise, baudruche tendue et ficelée symétriquement, carmin ou pigments naturels microdosés, dressage en encorbellement, gelée brillante, mini-légumes vinaigrés.
Découvrez la recette traditionnelle de la langue de bœuf écarlate, un plat emblématique de la charcuterie française, apprécié pour sa couleur rouge vif, sa texture fondante et son élégance en buffet froid.
Utilisation d’autres produits (optionnel)
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Langue de veau (plus délicate)
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Baudruche de porc (alternative)
Catégorisation
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Type de plat : Charcuterie froide
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Service : Traiteur, buffet, brasserie
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Nombre de portions : 10–12
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Niveau : Avancé
Contexte culturel et historique
Origine géographique et statut
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Pays : France
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Région : Alsace / Paris
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Statut officiel : STG (Spécialité Traditionnelle Garantie, candidatures en cours)
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Recette codifiée : Oui
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Cahier des charges officiel : saumurage nitrité, cuisson bouillon gélatineux, baudruche bœuf, coloration carmin ; interdits : fumage, additifs non autorisés
Racines et Histoire de la Langue de Bœuf Écarlate
Racines anciennes – Langue salée traditionnelle
La préparation de la langue de bœuf salée et pochée existait bien avant sa formalisation « écarlate ».
Dès l’Ancien Régime, elle figurait dans les cuisines bourgeoises et de garde-manger comme un abat noble, pochée au bouillon et servie en tranches froides, sous gelée ou sauce piquante.
Influence juive ashkénaze – Langue salée caractéristique
Les communautés juives d’Europe centrale et orientale (Pologne, Russie, Alsace) ont développé dès le XVIIIᵉ siècle une langue de bœuf salée emblématique :
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Technique : salage sec ou humide prolongé (7 à 10 jours), dessalage, pochage long au bouillon épicé (oignon, carotte, laurier).
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Spécificités : absence de produits laitiers, coupes fines pour Shabbat ou fêtes, conservation longue sans nitrites.
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Transmission : arrivée en France via les migrations ashkénazes (Alsace, Paris, 1850-1930), influençant directement les charcutiers locaux par proximité et échanges techniques.
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Héritage direct : la combinaison saumure longue + pochage + service froid en tranches constitue la base technique de toutes les langues écarlates modernes.
Fin XIXᵉ – Codification « écarlate » de garde-manger
À la fin du XIXᵉ siècle, les grands traiteurs parisiens (Dalloyau, Fauchon) et les palaces transforment cette langue « utilitaire » en pièce de prestige :
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Saumurage perfectionné : injection + immersion avec sel nitrité (remplaçant le salpêtre dangereux).
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Mise en baudruche : forme cylindrique régulière, caractéristique des buffets bourgeois.
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Coloration carmin : rendu visuel spectaculaire pour les buffets d’apparat (mariages, inaugurations).
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Contexte : essor de la triperie noble post-révolutionnaire et buffets opulents de la Belle Époque.
XXᵉ siècle – Déclin et spécialisation
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Entre-deux-guerres : apogée dans les palaces et traiteurs de luxe.
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Post-WWII : recul de la triperie et des buffets traditionnels au profit de la charcuterie standardisée.
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Survivance : certaines maisons alsaciennes (Metzger-Müller) et parisiens spécialisés maintiennent la recette.
Renaissance 1980 → contemporain
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Traiteurs haut de gamme : retour en force pour les réceptions de prestige.
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Évolutions modernes : réduction du sel et des nitrites, colorants naturels (betterave), cuisson sous vide basse température.
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Bistronomie : tranches épaisses, dressage à l’assiette moderne avec pickles et condiments contemporains.
Chefs, maisons et versions de référence
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Auguste Escoffier – London/Paris : codification garde-manger
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Joël Robuchon – Paris : version raffinée sans excès sel
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Bloc-Notes Culinaire – France : protocole détaillé traditionnel
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Metzger-Müller – Alsace : spécialité charcutière
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Dalloyau – Paris : buffet prestige
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Fauchon – Paris : traiteur haut de gamme
FICHE TECHNIQUE – CAP / BP CHARCUTIER
Produit
Langue de bœuf écarlate en baudruche
Famille
Charcuterie cuite – salaison
Procédé
Saumurage par injection et immersion, cuisson douce en bouillon gélatineux puis recuisson en baudruche.
1. Objectif de fabrication
Réaliser une charcuterie traditionnelle cuite présentant :
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une coloration rouge écarlate homogène et stable,
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une texture moelleuse et juteuse sans fermeté excessive,
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une bonne tenue à la coupe, avec tranches nettes et brillantes,
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une saveur équilibrée, salée et légèrement épicée,
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une conformité sanitaire (cuisson à cœur ≥ 72 °C, refroidissement contrôlé),
conformément au référentiel technique du CAP ou BP Charcutier-Traiteur.
2. Matières premières (pour 10 kg de langues brutes)
Matières carnées
Langues de bœuf fraîches : 10 kg (provenance abattoir agréé CE)
Saumure (40 % du poids viande – total 4 L)
Eau froide : 4 L
Sel nitrité : 0,6 % soit 180 g
Dextrose : 40 à 60 g
Poivre blanc moulu : 5 g
Muscade râpée : 1 g
Laurier : 2 feuilles entières
Facultatif : clou de girofle, baies de genièvre
Autres éléments
Bouillon gélatineux (pieds de veau, mirepoix, bouquet garni)
Baudruche de bœuf calibre 50/55
Carmin de cochenille naturel (ou jus de betterave)
Ficelle alimentaire, huile neutre pour lustrage
3. Matériel nécessaire
Bac inox alimentaire, seringue d’injection manuelle ou pompe multi-aiguilles, marmite charcutière, thermomètre à sonde, pince de pelage, planches et couteaux, cellule de refroidissement ou bain glacé, machine sous vide, torchons ou tamis.
4. Méthode de fabrication (procédé CAP/BP)
4.1 Préparation
Dégorger les langues 12 h à l’eau froide courante pour éliminer le sang.
Parer l’extrémité dure, brosser soigneusement, rincer et égoutter sur grille inox.
4.2 Préparation des saumures
Dissoudre le sel, le dextrose et les épices dans l’eau.
Filtrer, puis refroidir impérativement à +4 °C avant toute utilisation.
4.3 Injection de la saumure (étape clé – voir §8)
Injecter environ 10 % du poids brut de la langue, perpendiculairement aux fibres.
Espacer les points d’injection de 2 à 3 cm pour une diffusion équilibrée.
Contrôler la souplesse de la pièce : elle doit être homogène, sans gonflement visible.
4.4 Saumurage par immersion
Immerger complètement les langues injectées dans la saumure froide.
Maintenir à +3 °C pendant 5 jours.
Retourner quotidiennement pour homogénéiser le contact sel-protéines.
4.5 Cuisson
Disposer les langues dans le bouillon gélatineux froid, porter à ébullition douce.
Écumer soigneusement les impuretés.
Cuire à 85 °C environ pendant 3 h 30 jusqu’à ce que la température interne atteigne 72 °C pendant 2 min.
Refroidir partiellement dans le bouillon pour éviter le dessèchement.
4.6 Pelage
Procéder au pelage à chaud (40–50 °C) en retirant la peau cornée et les membranes blanches adhérentes.
Parer les bords si nécessaire pour obtenir une surface lisse et régulière.
4.7 Mise en baudruche et recuisson
Dessaler et rincer la baudruche, la retourner et la tremper dans l’eau vinaigrée 1 h.
Disposer les langues bout à bout à l’intérieur, chasser l’air, puis ficeler fermement.
Recuire pendant 25 min dans un bouillon clair maintenu entre 80 et 85 °C.
4.8 Coloration et lustrage
Appliquer uniformément au pinceau une solution de carmin dilué (1 à 2 %) ou un jus de betterave réduit.
Lustrer immédiatement à l’huile ou à la graisse fondue pour fixer la couleur et apporter brillance.
4.9 Refroidissement et conditionnement
Refroidir rapidement (de 63 °C à 10 °C en moins de 2 h).
Stocker à +3 °C, puis conditionner sous vide.
Étiqueter avec DLC, lot et identification sanitaire.
5. Contrôles et critères de réussite (examen)
Couleur : rouge écarlate vive et homogène sur toute la section.
Odeur : neutre, fraîche, sans note acide ni rance.
Texture : souple, moelleuse, non farineuse.
Coupe : tranches nettes, non trouées, surface brillante.
Goût : salé équilibré, arômes épicés discrets, absence de saveur métallique.
6. Rendement indicatif
Perte totale (cuisson + parage + rétractation) : 28 à 30 %.
Rendement fini : environ 70 % du poids brut initial.
7. Défauts fréquents et corrections
Centre gris : injection insuffisante ou saumure non homogène.
Texture sèche : cuisson trop vive ou durée excessive.
Goût amer : pelage incomplet entraînant cuisson de la peau résiduelle.
Couleur terne : oxydation, absence de sous vide ou saumure trop vieille.
ADAPTATION POUR PRODUCTION TRAITEUR / CONCOURS
A. Version traiteur
Langues calibrées uniformément.
Injection mécanisée et régulée.
Tranchage fin (2 mm).
Présentation sur plat miroir nappé de gelée claire.
Rotation rapide, DLC courte.
B. Version concours / MOF / examen BP
Injection manuelle visible.
Finition à la ficelle traditionnelle, sans collier plastique.
Coloration légère, naturelle.
Coupe manuelle devant jury.
Hygiène, régularité et précision prioritaires.
8. Explication technique : l’injection de saumure
L’injection de saumure est une technique professionnelle de salaison humide.
Elle consiste à introduire une solution saline et aromatique au cœur du muscle afin d’assurer une conservation et une coloration uniforme à cœur.
Cette opération garantit également l’attendrissement de la viande par dissolution partielle des protéines et facilite la diffusion du sel pendant le saumurage.
Principes de base :
L’injection s’effectue perpendiculairement aux fibres musculaires.
Espacement régulier des points : 2 à 3 cm.
Volume injecté : environ 10 % du poids brut.
Pression constante pour éviter la formation de poches aqueuses.
Contrôle visuel et tactile : la pièce doit être souple mais non gorgée.
Une injection maîtrisée donne une couleur homogène, une tenue ferme après cuisson et empêche la formation d’auréoles pâles à la coupe — critère souvent évalué lors des examens.
9. Service, accompagnements et accords mets-vins
Service
La langue de bœuf écarlate se sert froide en tranches fines de 1,5 à 2 mm, lustrées à la gelée claire ou garnies de condiments acides tels que cornichons, câpres ou pickles.
En buffet, elle se présente en éventail ou en rosace, parfois dressée sur plat miroir ou plateau d’argent, accompagnée d’un décor de légumes vinaigrés.
En service traiteur chaud, une réchauffe douce à la vapeur est possible, sans dépasser 70 °C, afin de ne pas altérer la couleur écarlate.
Accompagnements
Garnitures froides classiques :
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macédoine liée,
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salade de pommes de terre tièdes moutardées,
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julienne de légumes marinés.
Condiments :
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moutarde douce,
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vinaigre de framboise,
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oignons grelots,
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compotée d’échalotes au vin blanc.
Accords vins
La langue de bœuf écarlate, légèrement salée, à texture moelleuse et aux arômes discrets de bouillon et d’épices, s’accorde harmonieusement avec des vins blancs aromatiques, acidulés et équilibrés.
Ces vins doivent rafraîchir le palais et accompagner le gras du bouillon gélifié.
Température de service idéale pour tous les vins : 8 à 10 °C.
Vins d’Alsace traditionnels
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Riesling d’Alsace sec – millésime 2020 ou 2022 : notes d’agrumes et de pierre à fusil, tension et acidité fines. Accord de référence pour une version classique ou concours.
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Gewurztraminer demi-sec – millésime 2019 ou 2021 : arômes de litchi et de rose, rondeur appréciable avec les gelées charcutières.
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Sylvaner vieilles vignes – millésime 2022 : vin discret et léger, idéal pour un service buffet recherchant neutralité et fraîcheur.
Alternatives régionales françaises
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Chablis jeune (Bourgogne) – millésime 2021 : tension minérale marquée, excellent contraste avec la texture fondante.
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Côtes-du-Jura Savagnin ou Chardonnay – millésime 2018 : arômes légèrement oxydatifs valorisant le caractère salé et épicé de la langue.
Vins rouges légers (option chaude)
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Beaujolais Village – millésime 2020 ou 2023 : vin léger, fruité, peu tannique, adapté à une langue servie tiède avec sauce vinaigrée.
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Pinot Noir d’Alsace – millésime 2022 : tanins souples et notes légèrement fumées rappelant les charcuteries fines.
Accords sans alcool
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Eaux pétillantes fines (type Perrier ou San Pellegrino), servies à 8–10 °C, apportant fraîcheur et contraste.
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Infusions glacées de thé blanc ou de verveine citronnée, servies nature pour un accord neutre et désaltérant.
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Jus de pomme brut fermier non sucré, alternative élégante pour un buffet rustique.
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Kombucha nature, version bistronomique acidulée et légèrement fermentée, mettant en valeur les arômes carnés.
Conseils de sommelier charcutier
Éviter les vins trop boisés ou trop tanniques, qui durcissent la perception du bouillon.
Privilégier des vins jeunes, vifs, à finale sèche, afin d’équilibrer la texture moelleuse.
Servir les vins très frais mais non glacés pour préserver les arômes floraux.
En contexte de concours, la cohérence entre le vin et la présentation est évaluée ; le Riesling sec demeure la référence académique.
Glossaire charcutier – Langue de bœuf écarlate
Affinage
Phase de repos au froid permettant la stabilisation des pigments, de la texture et des arômes après cuisson.
Baudruche
Enveloppe naturelle issue de l’intestin de bœuf, utilisée pour le moulage et la cuisson des charcuteries cuites.
Bouillon gélatineux
Liquide de cuisson concentré en collagène, obtenu à partir de pieds ou de jarrets, assurant liaison, moelleux et brillance.
Coloration au carmin
Application en surface d’un colorant naturel rouge (E120) permettant de restituer l’aspect traditionnel écarlate du produit.
Dextrose
Sucre réducteur utilisé pour réguler la salinité, favoriser la coloration et maintenir l’équilibre osmotique de la viande.
Ficelage
Ligature régulière réalisée avec de la ficelle alimentaire afin d’assurer une forme cylindrique homogène pendant la cuisson.
Injection
Opération de salaison consistant à introduire la saumure à l’intérieur de la viande à l’aide d’une seringue charcutière.
Pelage
Suppression à chaud de la peau cornéenne de la langue après la première cuisson, indispensable à la qualité gustative et visuelle.
Recuisson
Seconde cuisson douce permettant la liaison des tissus, la stabilisation de la forme et la finition de la texture.
Saumure nitritée
Mélange d’eau, de sel et de nitrites assurant une coloration rose stable, un goût spécifique et une sécurité microbiologique maîtrisée.
Lustrage
Application d’un corps gras (huile neutre ou graisse fondue) destinée à apporter brillance et protection à la surface du produit.
Oxydation
Altération de la couleur résultant d’un défaut de conservation ou d’une exposition prolongée à l’air.
Charcuterie
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Affinage : 24 à 48 h au froid sec après recuisson, permettant la stabilisation de la texture et de la couleur.
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Maturation : saumurage lent combinant injection et immersion pour une diffusion homogène du sel et des arômes.
Normes de sécurité et d’hygiène
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Chaîne du froid maintenue à ≤ 4 °C durant toute la fabrication.
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Cuisson à cœur : 72 °C maintenus pendant 2 minutes minimum.
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Refroidissement rapide : passage de 63 °C à < 10 °C en moins de 2 heures.
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DLC indicative : 10 jours sous vide, conservé à ≤ 3 °C.
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Hygiène : matériel d’injection propre et désinfecté, baudruche correctement dessalée et rincée avant utilisation.
Astuces et conseils
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Réaliser une injection homogène pour éviter l’apparition de zones blanches à la coupe.
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Bien chasser l’air lors de la mise en baudruche afin d’obtenir une tranche régulière et sans cavité.
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Appliquer le carmin dilué de manière uniforme pour une coloration stable et naturelle.
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Erreur à éviter : le sur-saumurage, qui entraîne une texture dure et une salinité excessive.
Service, accompagnements et accords
Service et dressage
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Tranches fines (2 mm) servies au chaud
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Buffet décoré persil rayé
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Garnitures : cornichons, salade fine
Vins et boissons
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Vins : Riesling Alsace (8 °C), Gewurztraminer demi-sec
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Sans alcool : eau pétillante
Fiche nutritionnelle (1 portion 100 g)
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Valeur énergétique : 220 kcal
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Lipides : 12 g
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Glucides : 1 g
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Protéines : 22 g
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Fibres : 0 g
Allergènes
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Sulfites (saumure)
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Colorants (E120)